49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Revue de pressePublié le 6 janvier 2010

Voyage dans une CGT "diverse"

"La CGT et la recomposition syndicale", sous la direction de Françoise Piotet

Au moment où la CGT tient son 49e congrès, du 7 au 11 décembre à Nantes, Françoise Piotet et son équipe de chercheurs, qui ont travaillé trois ans en "totale liberté" au sein de la centrale, la mettent en question. En 1994 déjà, une dirigeante de la CGT venue des cadres, Lydia Brovelli, avait tiré le signal d’alarme, dans un rapport officiel, sur la chute des adhérents (- 63 % entre 1981 et 1992). Un article de Michel Noblecourt à lire sur lemonde.fr

Quinze ans après, Françoise Piotet constate que le mal de la désyndicalisation a plutôt progressé. Bernard Thibault, qui s’était assigné l’objectif de franchir de nouveau le cap du million d’adhérents a reconnu son échec : la CGT stagne à 654 000 membres. En 2009, elle a enregistré 42 792 nouvelles adhésions mais, comme le souligne Françoise Piotet, "un tiers des nouveaux adhérents quitte encore l’organisation un an après leur adhésion". Les auteurs du livre ne croient pas à la fin des syndicats, mais ils auscultent avec soin, sans complaisance mais sans parti pris, une CGT qui reste pour eux "une organisation étonnement diverse". L’équipe est donc partie à la découverte "des CGT" à travers de passionnantes monographies. Dans des entrepôts d’hypermarché, Anne-Catherine Wagner fait parler un délégué syndical qui expose crûment sa "pêche" pour dénicher des syndiqués : "Il faut sentir le mec qui adhère un peu, qui est dans le discours. C’est un peu comme un poisson, il faut l’attraper, il ne va pas venir."

Azdine Henni dévoile dans la métallurgie un "syndicalisme "à l’ancienne" paradoxalement porté par des "jeunes"" où on mouline la lutte des classes. Ces jeunes, qui se font appeler "les hyènes", parlent un peu comme Emile Pouget au début du XXe siècle : "Il faut que le syndicat reste tout le temps (...) toute la vie, jusqu’à la fin. Sinon, le patronat il va s’en foutre plein les poches et puis nous que tchi." Mathieu Bensoussan raconte le "développement rapide" de la CGT au sein du personnel naviguant commercial d’Air France malgré bien des préjugés.

Au moment où M. Thibault veut restructurer les "structures" - les fédérations et l’"interprofessionnel" -, Françoise Piotet insiste sur la "formidable inertie de la grande majorité" d’entre elles. Le lien entre la confédération et ses structures, affirme-t-elle, est "un lien élastique permettant à chacun de préserver son autonomie et de faire ce qu’il croit devoir faire en ignorant largement les injonctions venues "d’en haut"". M. Thibault n’est pas au bout de ses peines.

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LA CGT ET LA RECOMPOSITION SYNDICALE sous la direction de Françoise Piotet. Le Lien social PUF. 320 p., 27 €.

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