49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Le quotidien du CongrèsPublié le 29 décembre 2009

Les jeunes et la CGT : une invitation à se bouger

Les jeunes et la CGT ? Et si c’était « je t’aime moi non plus » ? Certes, ils sont prêts à rejoindre les rangs de la CGT. Encore faut-il que celle-ci, ellemême, de son côté... Bref, que chacun se bouge. Caroline, Jérémy, Cynthia et Fabrice en témoignent.

Un article de Chrystelle Mahieu et Sabine Ferry pour le quotidien du Peuple.

Jeune et syndiqué à la CGT : c’est possible et ça marche ! Tel a été le message que Caroline, Jérémy, Cynthia et Fabrice ont fait passer lors de la table ronde « Jeunes et engagement syndical », animée mercredi matin par Pierre Tartakowsky. Quatre parcours différents. Mais tous marqués par la difficulté à s’insérer dans le monde du travail, par la multiplication d’emplois précaires faisant obstacles à une stabilisation sociale. Une période où l’isolement ne prédispose pas à s’organiser syndicalement. Pourtant, les quatre participants de la table ronde ont fait état de leur dimension de constructeurs de la CGT. Une CGT où les moins de trente ans ont des choses à dire et à faire. Cela n’a pas été facile pour eux d’entrer à la CGT. « Nous étions trois dans mon service à vouloir nous syndiquer. J’avais l’impression d’être un pansement mouillé sur une plaie qui ne veut pas cicatriser. On a appelé la CGT, mais personne n’est jamais venu. Alors j’y suis allée pour prendre ma carte. On m’a dit que je l’avais déjà », se souvient Caroline Blanchot, 31 ans, conseillère en économie sociale et familiale à la SNCF, et fille de cheminot CGT. Ce petit malentendu a été vite dissipé.

PARCOURS MARQUÉS PAR LA PRÉCARITÉ

Pas facile non plus d’obtenir une formation syndicale pour une nouvelle syndiquée. Mais quand celle-ci a été accordée, cela a été une révélation pour la jeune femme. « Moi qui m’occupe des questions de surendettement, j’ai appris un tas de choses. J’attendais beaucoup de la CGT et je n’ai pas été déçue  », souligne la jeune femme. Fonctionnaire territoriale dans les Bouches-du-Rhône, Cynthia Sanchez, 27 ans, a « rencontré la CGT dans la lutte et dans la rue en 1995 ». Collectionnant les petits boulots, dans des entreprises sans représentants syndicaux, la jeune femme a poussé la porte de son union locale « pour ne plus être seule. Je ne me contente pas d’adhérer, ce qui m’intéresse c’est de construire. J’ai été bien accueillie à l’union locale. Il y avait des militants qui voulaient donner un espace aux jeunes, dont beaucoup étaient des syndiqués isolés. » Cynthia et ses amis ont donc créé un collectif jeunes très actif. « Cela nous a permis de mener des débats et de connaître la réalité des autres. On se sent mieux armés pour aller mener la bataille des idées », explique la jeune femme. Ouvrier chez Figeac-Aéro, un sous-traitant de l’aéronautique à forte croissance, Jérémie Gargaros, 28 ans se heurte dès son embauche à la dure réalité du marché du travail : titulaire d’un BTS, il est embauché comme ouvrier. Paye afférente... Il comprend vite que la seule façon de devenir un interlocuteur face à son employeur, c’est de se syndiquer. Il va frapper à la porte de l’union locale. « Je n’étais pas seul dans ce cas à vouloir y entrer. Nous avons travaillé à l’UL pour monter une section professionnelle. » Par ailleurs, il explique : « Nous avons monté une section syndicale avec d’autres jeunes et organisé des élections au sein de notre entreprise. » Même son de cloche chez Fabrice Hallais, informaticien à la BNP : « En me syndiquant, je voulais comprendre ce qui se passait dans mon entreprise.  » Pour ce jeune cadre, « se syndiquer devrait être un acte banal ». C’est aussi une façon d’être vigilant sur ce qui se passe au sein de celle-ci. Il a ainsi été amené à mettre en garde sa direction sur le fait qu’un des formateurs était membre d’une secte. Cette intervention a donné confiance aux salariés et a été un moteur d’adhésion.

LA CARTE CONFIANCE, LA CARTE GAGNANTE

Tous ces jeunes ne sont pas du genre à garder les deux pieds dans le même sabot. Ils veulent avancer et faire avancer le syndicat. « Les jeunes attendent que la CGT vienne à leur rencontre », assure Caroline Blanchot, élue à la direction fédérale cadres et maîtrise, en 2007. Joignant l’acte à la parole, la jeune militante a proposé d’organiser une réunion pour cinquante jeunes cadres non syndiqués, le 3 décembre dernier, à Montreuil. L’ensemble des structures de la Fédération des cheminots s’est approprié le sujet et en a assuré le succès. « Nous avons eu une discussion à bâton rompu sur leurs revendications et la CGT. Nous avions chacun des idées préconçues sur chacun. Les jeunes cadres avaient un grand besoin de s’exprimer. Ils avaient l’impression d’une culture contestataire et de grève dans la CGT. De son côté, la CGT a découvert que les jeunes cadres n’étaient pas tous convertis au libéralisme. » Résultat des courses, les jeunes cadres non syndiqués veulent que leur travail ait du sens et ils souhaitent être associés à la vie de l’entreprise. Ils ont découvert une CGT qu’ils ne connaissent pas ou mal.

PAS SI SIMPLE DE RENCONTRER LA CGT

Pour que les jeunes aient envie de venir à la CGT, les quatre jeunes militants sont unanimes : Il faut « créer les occasions de la rencontre, apprendre à accueillir chaque jeune en entreprise.  » Voici le message qu’ils adressent au 49e congrès. Pour Jérémie : « Il faut travailler à mieux accueillir les jeunes dans l’entreprise et mettre en place des livrets d’accueil, mais aussi rétablir l’information, notamment sur les droits des salariés. » Pour Caroline : « Nous n’avons rien à perdre et tout à gagner dans cette démarche. » Cynthia estime qu’« il faut construire avec les jeunes de la CGT et améliorer les collectifs. Participer à la construction de la CGT, ce n’est pas être un pot de fleurs que l’on sort quand on en a besoin. » Fabrice invite « chacun à aller à la rencontre des jeunes sur le terrain, notamment quand ils cherchent du travail. Il faut aller sur les forums emploi-formation et sur le Net. L’Ugict-CGT a mis en place une adhésion en ligne en direction des jeunes diplomés et ça marche. » Autant de messages que Pierre Tartakowsky devait résumer en un mot : « confiance », pour inviter les délégués du congrès à s’approprier les messages forts envoyés de la tribune du 49e congrès. Le congrès a accusé réception par une salve d’applaudissements de bon augure pour l’avenir. Chrystelle Mahieu et Sabine Ferry

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Antoine Evenou, président de l’UNL

« Les jeunes sont les principales victimes de cette crise sans précédent qui se traduit par une hausse du chômage, par plus de précarité, par des difficultés de plus en plus importantes pour se soigner. A cette crise économique, l’Union nationale lycéenne (UNL) déplore que s’ajoute une crise du syndicalisme chez les jeunes, où le taux de syndicalisation est le plus faible. En faisant de la jeunesse son combat prioritaire, la CGT en prend acte. Les raisons d’une telle situation sont à chercher dans l’individualisme exacerbé de notre société, dans la dépolitisation, mais aussi dans l’image obsolète du syndicalisme sous toutes ses formes, qui ne donne pas envie aux jeunes de s’engager. Il faut mettre en évidence les victoires et les combats que nous avons menés en commun, comme celui contre le CPE, mais aussi parler de sujets comme le système éducatif ou les retraites, et comprendre que ce sont là des affaires qui concernent les jeunes et aussi des combats que nous pouvons mener ensemble. Il faut porter un regard nouveau sur la jeunesse. Ce que les jeunes réclament, ce n’est pas l’“égalité des chances” mais un droit, pour tous, à la réussite. Les jeunes ne sont pas irresponsables, ce qu’ils attendent, ce sont des réponses claires et concrètes à leurs problèmes. »

Florian Meyer, secrétaire national de la JOC

« A la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), nous sommes soucieux de l’aggravation de la précarité qui frappe les jeunes, dans les quartiers populaires, dans les banlieues. Les jeunes ont des problèmes pour s’émanciper. Ils ont tous des rêves auxquels ils renoncent, faute d’espoir en l’avenir. Ils en ont vraiment marre d’être les laisséspour- compte de la société. Les jeunes ne sont pas un risque, mais une chance pour la société et ont besoin qu’on leur fasse confiance. A nous de leur donner les moyens de transformer leur rage en énergie positive. C’est ce que nous faisons en allant à leur rencontre, en les aidant à faire respecter leurs droits, en leur permettant de vivre leurs premiers mouvement de masse à travers les manifestations. La JOC attend notamment de ses partenaires une aide à la formation au droit du travail et de l’accompagnement vers l’emploi. Nous faisons confiance à la CGT pour qu’elle fasse confiance aux jeunes. Nous sommes confiants sur sa volonté de se renouveler. Car, nous en sommes persuadés, la vie d’un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde. »

Jean-Baptiste Prévost, président de l’Unef

« Ce n’est pas une révélation que de dire, comme le fait l’Union nationale des étudiants de France (Unef), qu’il y a un malaise dans la jeunesse. Cela fait des années que c’est la galère pour les jeunes, qui vivent toutes les difficultés et ne peuvent compter la plupart du temps que sur eux-mêmes. « La jeunesse est une maladie dont on guérit vite », disait Laurence Parisot. Le patronat exerce un véritable dressage libéral sur les jeunes. Il mise sur la précarité pour imposer la soumission. Mais les jeunes ne sont pas dupes. Ils se sont exprimés, notamment par la lutte. La CGT souhaite aujourd’hui donner la priorité à la jeunesse. C’est en effet un enjeu pour le syndicalisme. A l’Unef, nous vous proposons de travailler davantage ensemble pour défendre une université de qualité, pour revendiquer de hauts niveaux de qualification, pour mieux protéger les étudiants salariés. L’unité d’action pendant le CPE a laissé des traces, a créé une proximité nouvelle entre syndicats étudiants et syndicats de salariés. Il faut que cela dure ! La CGT a toujours respecté l’autonomie de l’Unef et je tiens pour cela à la saluer. Mais nous pouvons mener de nouvelles batailles ensemble, pour soulever le couvercle de la résignation sociale qui pèse sur le pays. »

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