49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Le quotidien du CongrèsPublié le 29 décembre 2009

Rencontre avec les syndicalistes des Dom-Tom

A quelques heures de l’ouverture du 49e congrès, la CGT avait invité les organisations syndicales des Départements et Territoires d’Outre-Mer à une réunion de travail qui a permis de faire un large tour de table de la situation sociale et de l’état des mobilisations. L’occasion de conforter les liens de coopération entre la CGT et ces organisations syndicales.

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Outre-mer information, revendications, solidarité travail en commun

L’année 2009 aura été marquée, outre-mer, par de puissants mouvements populaires, dans lesquels les forces syndicales ont tenu un rôle de premier plan, parfois au prix d’une violente répression. à l’occasion de son congrès, la CGT a invité toutes les organisations syndicales ultramarines à confronter leurs points de vue et à faire part de leur expérience.
Un article de Sabine Ferry pour le Peuple quotidien du congrès.

La situation économique et sociale dans les départements et les territoires d’outre-mer a été particulièrement agitée ces deux dernières années. Des luttes sans précédent, ayant comme point d’orgue les grèves générales de Guadeloupe et de Martinique du début de l’année 2009, ont fait la une des médias. Le syndicalisme a été la véritable colonne vertébrale de ces mouvements populaires, qui ont bousculé le patronat comme le gouvernement. La CGT, à la veille de l’ouverture de son congrès, a invité plusieurs syndicalistes de Guyane, de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion, de Mayotte, de Saint-Pierre-et-Miquelon et de Nouvelle-Calédonie à confronter les situations, leurs particularités et leurs points communs.
La CGT, comme le souligne Bernard Thibault, en accueillant ces invités, porte «  un vif intérêt  » à ces mouvements sociaux, caractérisés par «  la contestation du libéralisme, la volonté de dépasser la situation coloniale et une forte exigence de justice  ». Un tour d’horizon chiffré dessine un tableau particulièrement inquiétant de la situation sociale des DOM-COM, et explique largement la prégnance d’une atmosphère de rébellion. Les DOM-COM, c’est un taux de chômage de 20 % à 26 % selon les territoires, avec un pic à 50 % chez les 15-25 ans. C’est un habitant sur neuf condamnés au RMI. Ce sont de 70 % à 80 % de foyers éligibles au logement social. C’est l’absence de développement industriel. Au fil des interventions, ces constats sont largement partagés.

Etranglement du pouvoir d’achat

Le coût de la vie, déjà nettement supérieur à celui de la métropole du fait de l’obligation d’importation de la métropole de nombreux produits de première nécessité, s’est alourdi ces dernières années. En Martinique, l’augmentation de 7 centimes sur le carburant, n’a été qu’un début… Une deuxième augmentation est prévue, retardée par les mouvements sociaux, estime Ghislaine Joachim-Arnaud, secrétaire générale de la CGT de la Martinique (CGTM).
Sur l’île de la Réunion, l’urgence sociale c’est aussi le pouvoir d’achat. Pour le secrétaire général de la CGT de la Réunion (CGTR), Ivan Hoareau, «  un sac de jute vide ne tient pas debout  » : «  On ne peut faire adhérer la population à des objectifs de moyen et long terme, des enjeux de développement durable, tandis qu’il y a le feu à la maison.  » Comme le constate le syndicaliste, «  la volonté politique sur les prix n’existe pas. La grande distribution et les pétroliers continuent de se sucrer sur notre dos. Certes, il y a eu des baisses ressenties positivement, mais, quatre ou cinq mois après, nous sommes revenus à la situation initiale.  » à la Réunion, le gel des salaires est de rigueur… et durera s’il n’y a pas de mobilisation des premiers intéressés. Auparavant, signale Ivan Hoareau, «  les salariés nous demandaient de défendre l’emploi. Aujourd’hui, ils disent qu’ils ne peuvent plus payer. L’urgence frappe à la porte.  »
Les prix sont également très hauts à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ronald Manet, secrétaire général de la CGT dans cet archipel voisin du Canada, s’interroge. «  Quid de l’avenir  » pour des îles menacées parce que le transport maritime est en crise et que le fret est fragilisé. Les 6.500 habitants de l’archipel ont déjà subi de 18 % à 20  % d’augmentation du coût de la vie.
À Mayotte, île française de l’archipel des Comores, le Smic est gelé à hauteur de 80  % du Smic métropolitain. A la Martinique, la situation est préoccupante, voire dramatique, estime Robert Cayol, secrétaire général de la CGTM-FSM. Comment un territoire de 1.128 kilomètres carrés peuplé de 400 .000 habitants peut-il ne compter que 162.500 actifs  ? Le syndicaliste souligne les problèmes d’importation de sucre, de poisson, le sous-équipement industriel de l’île, le poids de la spéculation, le manque flagrant de logement sociaux.
En Guyane, le taux de chômage monte à 30  %, signale Corinne Dimanche, de l’Union des travailleurs guyanais (UTG) et aucune perspective ne se dessine pour les jeunes. A la Réunion, il y a certes un gel des prix, mais aussi un gel des salaires et des négociations salariales. Yvan Hoareau évoque les 6.200 licenciements directs dans le bâtiment, avec le risque de 3.000 licenciements supplémentaires d’ici à 2010. Si l’on y ajoute les emplois induits dans d’autres secteurs, ce sont au total de 15.000 à 20.000 Réunionnais qui risquent d’être demain mis au chômage, sur les 200.000 actifs de l’île : une «  catastrophe  », pour le secrétaire général de la CGTR, qui ne sera même pas atténuée par les travailleurs sociaux, puisque 1.200 d’entre eux ont aussi été licenciés. «  Le Conseil général de la Réunion a volontairement liquidé ce secteur, avec des objectifs de remplacement des titulaires par des CDD de six mois qui ne tiennent pas la route.  » Face à cette liste non exhaustive de régressions sociales, la CGT réunionnaise souhaite constituer une cellule de crise.

Question cruciale : l’emploi local

Mais la dégradation des conditions de vie outre-mer, c’est aussi la casse des services publics, explique Ghislaine Hoareau, qui évoque les conséquences désastreuses de la loi hôpital, patient, santé et territoires, qui va drastiquement réduire l’accès aux soins. La CGTM veut mobiliser sur cette question le 11 décembre et espère bien une montée de la contestation d’ici au premier trimestre 2010.
À Saint-Pierre-et-Miquelon, dans la fonction publique, on substitue les catégories B, issues du concours national, aux catégories C, recrutées localement. C’est au candidat de payer son billet d’avion pour l’oral, sans être sur d’obtenir le statut  !
En Nouvelle-Calédonie ce souci de l’emploi local est particulièrement présent. Des milliards sont investis dans le nickel, avec la naissance prochaine de deux nouvelles entreprises, sans guère de profit pour la population.

L’étincelle antillaise

Face à cette situation, le ras-le-bol des DOM-COM est partout. L’atmosphère est saturée d’électricité contestataire. Et le syndicalisme joue un rôle fédérateur pour donner aux attentes sociales un débouché dans l’action. Il y a quatre jours à peine, le 4 décembre, la Guadeloupe fêtait le premier anniversaire du front commun des organisations syndicales contre la hausse du prix du carburant. Jean-Marie Nomertin revient sur le mouvement phénoménal qui a mis le peuple de l’île dans la rue au début de l’année. Le secrétaire général de la CGT de la Guadeloupe (CGTG) a détaillé cette démarche originale. L’action a débuté donc fin décembre 2008. Face au mépris gouvernemental, rappelle-t-il, s’est constitué un collectif d’organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles dont le sigle allait marquer l’histoire de la Guadeloupe : Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP). Une semaine d’actions multiples a ensuite été organisée du 20 au 27 décembre, dans le souci permanent des convergences, des solidarités interprofessionnelles  : le lundi, action solidaire autour des salariés des produits pétroliers ; mardi, autour du commerce  ; mercredi au tour des banques et assurances  ; jeudi sur la santé  ; vendredi, enfin, c’étaient les salariés de l’hôtellerie et du tourisme, rejoints par ceux du commerce, qui luttaient, entourés de leurs camarades de tous secteurs. «  Ce plan d’action, estime Jean-Marie Nomertin, nous a permis de tenir la durée, d’amplifier la lutte, avec les salariés, mais aussi des associations de consommateurs, des acteurs de l’environnement, des organisations politiques et syndicales, soudés autour des chevilles ouvrières qu’ont été, dans ce grand mouvement populaire, l’UGTG et la CGTG.  » Ces luttes fortes, durables et unitaires auront de toute évidence refroidi «  l’ardeur des patrons  ». Le syndicalisme en tire des enseignements pour mieux réfléchir aux stratégies futures. Parmi les carences identifiées  : «  L’incapacité à mener des actions communes avec la Martinique et d’autres.  » Mais il y a aussi des constats prometteurs  : l’union de salariés de tous horizons, des transports, des marins pêcheurs, des agriculteurs… pour obtenir satisfaction. La mobilisation a aussi permis de maintenir les contrats aidés, menacés de suppression. La presse a surtout voulu voir dans le mouvement populaire la résurgence d’idées indépendantistes. Or, précise Jean-Marie Nomertin, «  c’était surtout un mouvement construit autour de la justice et de l’équité. Le LKP a adopté une position anticapitaliste, qui n’a en rien nuit à l’unité. Aucune organisation syndicale n’a quitté l’action, que ce soit FO, l’Unsa ou la FSU  ». Ce mouvement restera comme un moment fondateur  : «  Nous avons à réaffirmer la lutte, à frapper ensemble, public, privé, partout.  » Il faut maintenir le rapport de forces, les contre-propositions face au patronat et au gouvernement, occuper l’espace pour ne pas laisser une voie royale au Front national. La CGTG, qui est «  attentive au mouvement social métropolitain  » qui pourrait l’«  aider considérablement  », adresse à ce sujet un clin d’œil à la CGT.

Reprendre confiance

Mais la contestation dans les DOM-COM ne se résume pas à la Guadeloupe et au LKP, même si c’est ce collectif qui, en France, a été le plus médiatisé. Grèves, actions et revendications ont secoué la rue dans d’autres «  confettis de l’empire  », peut-être pas de façon aussi spectaculaire qu’à la Guadeloupe, mais parfois avec une ferveur sans précédent, comme à la Martinique par exemple, avec le Collectif du 5 février (K5F), dont la CGTM a été la cheville ouvrière.
À Mayotte, on s’est concentré sur la consultation du 29 mars qui a avalisé le processus qui fera de l’île le 101e département français. Actuellement territoire d’outre-mer (TOM), Mayotte deviendra un DOM en 2011. La CGT Mayotte a soutenu cette départementalisation, qui permettra l’obtention de nouveaux outils juridiques pour faire respecter les droits des salariés. Son secrétaire général, Salim Nahouda, explique  : «  Avant, le patronat nous opposait le statut particulier de l’île pour ne pas appliquer le droit commun.  » Mais l’énergie que le syndicat a déployé pour gagner la consultation n’a pas freiné l’action. Les salariés de l’énergie, par exemple, avec la CGT Mayotte, ont obtenu par la grève une loi créant un statut de droit commun. Et l’action continue pour l’ouverture de négociations sur les conventions collectives. Tous ces mouvements de lutte profitent aux salariés, renforcent le syndicalisme et redonnent confiance. Mais ils peuvent aussi se payer cher.

Des militants sous les verrous

Depuis 2001, le Medef guadeloupéen, appuyé par la préfecture, s’acharne à annihiler les organisations syndicales  : absence de dialogue social, mise en place d’une caisse noire de soutien entre patrons, appel systématique aux huissiers, poursuites judiciaires, refus intransigeant du paiement des jours de grève, agressions sur les piquets de grève, emprisonnements par la police… «  On paye cher toute avancée sociale  », déplore Jean-Marie Nomertin, de la CGTG.
Et parfois, on paie le prix du sang. Rappelons que, dans la nuit du 17 au 18 février, en pleine grève générale, le syndicaliste Jacques Bino a été assassiné au retour d’un meeting et que ce meurtre reste à ce jour non élucidé. De l’autre côté du globe terrestre, en Nouvelle-Calédonie, la répression antisyndicale est à son paroxysme. Les syndicalistes y sont traités comme des délinquants, des hors-la-loi  : stigmatisés, poursuivis, jugés, incarcérés… Edwin Avaemai et Daniel Wahmetu, de l’Union syndicale des travailleurs kanaks et exploités (USTKE) évoquent, non sans émotion, le véritable projet d’élimination du contre-pouvoir syndical que le patronat et les pouvoirs publics mènent sur le Caillou.
Alors que les accords de Nouméa de 1998 ont engagé le pays sur la voie de l’indépendance à l’horizon de 2019, toute action syndicale est réprimée. Même des lycéens ayant participé aux mouvements sociaux ont été interpellés par la police dans leurs classes, en plein cours ! Des manifestations de plusieurs milliers de Calédoniens ont dénoncé cette répression terrible. La dernière en date a réuni 5.000 personnes, tandis que le patronat organisait une contre-manifestation pour tenter de marginaliser l’USTKE, avec l’appui des médias locaux. «  Les télévisions locales nous traitent de terroristes, et sans jamais nous donner la parole, se plaignent les militants de l’USTKE. Nous vivons une situation très dure. Nous sommes totalement marginalisés, très mal vus sur l’île.  »
Aujourd’hui, l’organisation syndicale attend la libération des 17 responsables syndicaux incarcérés, dont celle de son secrétaire général, Gérard Jodar. Dans l’attente de sa sortie de prison, le syndicat indépendantiste a décidé de reporter d’un an la tenue de son congrès.
Bernard Thibault a rappelé que la CGT, de son côté, «  soutient moralement et financièrement  » les militants de l’USTKE et les familles des prisonniers, et dénonce fermement la répression en cours et la criminalisation de l’action syndicale. L’expérience accumulée de cette année 2009 plaide pour le renforcement des liens entre les syndicats ultramarins et la CGT. Cette rencontre avec des camarades des DOM-COM y aura contribué. Martiniquais et Guadeloupéens ont déploré l’absence de convergence. Il faut identifier les obstacles à l’unité et envisager des liens plus constructifs. Ce ne sera pas inutile dans une configuration économique qui fait dire à tous les acteurs présents à cette rencontre que, contrairement aux idées reçues, la crise est devant nous. En tout cas, la CGT, comme le répète Bernard Thibault, «  est disponible pour approfondir les rapports et travaux communs  ».

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Représentativité
Repenser les partenariats
Quid de la représentativité syndicale outre-mer après la réforme de 2008 ? La CGT et ses interlocuteurs ont débattu des nouvelles formes de coopération possibles, alors que le gouvernement veut imposer sa vision sur ce sujet.

Un constat est partagé par tous les intervenants : la loi de 2008 réformant la représentativité syndicale – qui a des conséquences sur les négociations collectives – contraint les organisations syndicales à repenser leurs rapports mutuels.
Bruno Dalberto, du secteur Europe-International de la CGT, pointe trois enjeux : primo, la représentativité syndicale ; deuxio, l’extension possible des accords collectifs dans les pays, territoires et communautés d’outre-mer ; tertio, la formation syndicale. En matière de représentativité, la loi de 2008 a ignoré les spécificités de l’outre-mer, des DOM et des COM. Les premiers sont adossés au Code du travail français, pas les seconds, qui présentent autant de cas particuliers appelant des réponses spécifiques. Cette situation risque de changer, le gouvernement ayant récemment souhaité l’ouverture de négociations avec les confédérations nationales. Or, ni la CGT ni la CFDT, par principe, n’ont voulu se développer en tant que telles dans les pays d’outre-mer, par souci anticolonialiste. On sait par ailleurs, et c’est un second écueil, que la représentativité est un enjeu porteur de risques d’éclatement des collectifs intersyndicaux unitaires existant dans plusieurs îles.
Les syndicalistes doivent donc être extrêmement attentifs à cette négociation. Pour sa part, la CGT entend l’aborder dans un esprit de renforcement des uns et des autres. Il serait par exemple possible d’imaginer que, dans une même branche, on agrège le score électoral d’une organisation ultramarine sur son territoire, d’une part, et, d’autre part, celui d’une fédération métropolitaine, et ce aussi bien dans le public que dans le privé.
« C’est l’idée générale, mais, si on s’oriente dans cette direction, cela suppose de disposer soit de nouveaux accords de coopération entre organisations syndicales, soit de les revisiter pour leur donner une valeur juridique permettant la reconnaissance de la représentativité des signataires  », estime Bruno Dalberto. Dans un tel cas de figure, il s’agirait d’un accord de coopération et de représentation réciproque entre la CGT et les organisations ultramarines qui traditionnellement ont un lien avec la CGT. Cela supposerait un approfondissement des rapports bilatéraux. «  Une revendication commune s’impose  », a avancé Bruno Dalberto, en faisant valoir la nécessité, en amont comme en aval de chaque négociation, d’une très forte coordination entre les centrales d’outre-mer et la CGT.
Troisième volet de la rencontre : la formation syndicale, sujet suscitant une très forte demande. Les nombreuses interventions des représentants des fédérations CGT ont illustré aussi bien l’intérêt porté à la question que la diversité des problématiques des secteurs publics et privé. La CGT a réaffirmé sa politique de fond  : former des formateurs, mais en s’inscrivant en tant qu’expert extérieur, et ce afin que chaque organisation ultramarine préserve sa complète autonomie en matière de formation. Les fédérations ont également insisté sur la problématique des moyens en termes de volume de formations, mais aussi en termes de financement. Au terme de ces échanges, Jean-Michel Joubier, de l’espace Europe-International, met en exergue l’importance du nombre de demandes de formation et insiste sur la nécessité d’assurer la transparence sur les actions et leur financement. Il souligne enfin le lien direct entre les trois aspects évoqués tout au long de la rencontre et la nécessité d’un accord global sur l’ensemble de ces questions.

Le quotidien du Congrès

Jingle vidéo du 49e congrès

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Photothèque

- Ivan Hoareau (CGTR) - - Ghislaine Joachim Arnaud CGTM - - - Salim Nahouda (CGT-MA)