49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Revue de pressePublié le 6 janvier 2010

Les enjeux du congrès selon vos quotidiens

Au rendez-vous de l’étape nantaise des syndicats de la CGT, la presse écrite s’essaie à en situer les enjeux.

Les Echos se singularisent ce 7 décembre en reprenant à leur compte le grand air du partenariat entre Bernard Thibault et Nicolas Sarkozy, le tout appuyé par une photo des deux sous-titrée par… Raymond Soubie, conseiller social de L’Elysée. Une campagne, une plume. Une signature ? Le congrès est traité plus sérieusement par les autres titres. «  La CGT condamnée à se rénover pour se développer  », titre Le Figaro. «  L’enjeu est de taille pour le plus ancien des syndicats français  : se restructurer pour s’implanter là où il n’est pas et attirer de nouveaux adhérents, en particulier des jeunes. Malgré la loi sur la représentativité, qui va renforcer la place des “gros” syndicats – raison pour laquelle la CGT comme la CFDT ont voulu cette réforme votée l’an dernier par la droite –, il s’agit là d’un “enjeu stratégique”, sous peine de disparaître à terme.  » Et de citer Bernard Thibault qui en est convaincu depuis des années  : «  On peut discuter longtemps du cahier revendicatif mais si on n’accélère pas notre restructuration et si on ne séduit pas les jeunes, cela restera un débat philosophique  », répète le secrétaire général, arguant que «  c’est à la CGT de s’adapter aux évolutions du salariat, et non l’inverse  ».

L’Humanité consacre de façon exclusive sa une du 7 décembre à la CGT : «  Syndicalisme  : Numéro 1 oblige  ». Et de présenter le thème majeur de la semaine nantaise  : «   La CGT a aussi affirmé son rôle dans les négociations et les rendez-vous institutionnels, ce qui ne manque pas de susciter des craintes d’évolution vers un syndicalisme d’accompagnement social. Considérant qu’elle n’a pas à “choisir ses interlocuteurs”, elle négocie avec un patronat qui campe sur une ligne dure. Souvent présentée comme syndicat du refus, la CGT a su, ces trois dernières années, mieux articuler toutes les dimensions de l’action syndicale  : la contestation, la mobilisation les propositions revendicatives et la négociation.  »

Laurent Joffrin, directeur de Libération, éditorialise en décernant un brevet, estimant que la CGT a atteint «  l’âge du réalisme  »  : «  la CGT a tiré les leçons de l’histoire. Elle s’est détachée du PCF qui s’enferme seul dans la marginalité ; elle analyse avec acuité les évolutions du capitalisme contemporain ; elle cherche l’unité syndicale ; elle considère surtout que, dès lors qu’un rapport de force est établi, il est de l’intérêt des salariés de signer des compromis s’ils marquent un progrès. Cette entrée dans l’âge du réalisme est l’œuvre de Thibault et de son équipe, que seule une petite minorité extrémiste conteste. Elle annonce un rassemblement social plus efficace, dans la mesure où FO et la CFDT, au-delà des divergences tactiques, souscrivent aux mêmes principes. Elle prépare ainsi, dans ces temps d’épreuve sociale cruelle, un renforcement de la position des salariés français, désormais représentés par un syndicalisme moderne.  » Aujourd’hui en France a le titre assassin  : «  Bernard Thibault, le réformiste, face à des troupes qui doutent  », mais se réfugie derrière le chercheur Guy Groux, du Cevipof, sentencieux : «  Le gros problème du syndicalisme, y compris de la CGT, c’est qu’il ne représente plus le monde du travail tel qu’il est aujourd’hui. Et notamment les catégories les plus fragiles comme les précaires, les femmes, les jeunes et les ouvriers du secteur privé...  »

A l’inverse, La Tribune positive et annonce  : «  Quand la CGT ose la lucidité  » «  Elle [la CGT] est la seule à s’être intéressée au problème des salariés sans-papiers, dont le mouvement a du coup débouché sur des régularisations en grand nombre. En revanche, à l’instar des autres syndicats, elle n’a rien fait contre le grand scandale qu’est l’exclusion des jeunes du marché du travail. Question de génération, sans doute.  » Le Monde daté du 5 décembre analyse les enjeux du 49e congrès sous l’angle de «  La mutation réformiste de Bernard Thibault à l’épreuve  ». «  Pour M. Thibault, l’enjeu est de doter la CGT d’une puissance à la hauteur de ses ambitions en transformant ses structures. Pour séduire les salariés des petites entreprises, isolés ou précaires, la CGT envisage d’innover, au niveau des territoires, à travers des “syndicats de site, des syndicats multiprofessionnels”. La priorité est le secteur privé alors que le secteur public, qui ne se reconnaît pas dans les revendications sur “le nouveau statut du travail salarié” et la “sécurité sociale professionnelle” se sent abandonné. Faute de le convaincre d’ici à 2013, le combat de M. Thibault risque de ressembler à celui de Don Quichotte contre les moulins à vent.  »

Selon Le Monde, il s’agit de faire reconnaître la CGT comme un «  acteur à part entière des transformations sociales qui n’est pas subordonné à la stratégie et aux objectifs de quelque parti politique que ce soit  ». Dans cette démarche, les réformes et les «  avancées sociales, même partielles  » sont recherchées. Indissociable du rapport de force, la négociation devient un outil pour arracher des «  compromis  » et donc obtenir des résultats. A cet égard, M. Thibault est bien l’héritier de M. Séguy qui, au congrès de Grenoble (26 novembre – 1er décembre 1978), alors que la CGT comptait près de 2,2 millions de membres, avait tenté une ouverture que le Parti communiste avait stoppée net. «  L’action syndicale revendicative, avait lancé M. Séguy, c’est, par définition, la lutte pour des réformes, petites, moyennes et grandes. Toute amélioration du niveau de vie et des conditions de travail, aussi minime soit-elle, toute extension même partielle des droits démocratiques des travailleurs [...] sont autant de jalons placés sur la voie du progrès social et démocratique.  » Et dans sa livraison papier et Internet, le même Monde daté du 8 décembre affirme que «  Bernard Thibault veut accélérer la mutation de la CGT  ». Mutation vers quoi ?... Vers ce que les observateurs observent. «  Les observateurs ont aussi noté que la CGT s’était rapprochée de la CFDT pour mener à bien la réforme de la représentativité qui recompose le paysage syndical au profit des grosses centrales.  » Ils ont enfin noté que Bernard Thibault refusait la classification entre syndicats réformistes et contestataires proposée par l’Unsa lors de son dernier congrès (Le Monde du 28 novembre) . Son secrétaire général, Alain Olive, avait alors proposé la création d’un pôle réformiste incluant la CFDT, à la CFTC et la CFE-CGC mais excluant la CGT. «  Inadequate  », avait alors rétorqué le responsable cégétiste. Selon le quotidien du boulevard Auguste-Blanqui, «  la réforme des structures est pour Bernard Thibault le grand enjeu du congrès. A l’heure actuelle, la confédération ne confédère pas grand-chose : les fédérations professionnelles, les unions départementales, les syndicats d’entreprise, chaque structure veut garder son indépendance, constituant parfois des baronnies concurrentes qui n’appliquent qu’imparfaitement les décisions du congrès.   »

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