49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Le quotidien du CongrèsPublié le 29 décembre 2009

Le discours de clôture de Bernard Thibault

Bien sûr, nous prendrons le temps, collectivement, d’évaluer ce congrès. Votre mandat, vous le savez, n’est pas totalement terminé puisqu’il consiste aussi à rendre compte des travaux de cette semaine auprès de ceux qui vous ont confié la responsabilité de les représenter.

Plusieurs milliers d’entre eux ont suivi tout ou partie de la semaine par internet. Je salue au passage et en direct nos camarades internautes qui suivent cette séance de clôture. Je voudrais aussi inviter les délégués et plus largement l’ensemble des organisations des syndicats, aux fédérations, aux structures professionnelles … à adresser à la commission exécutive élue, une note d’analyse sur la préparation, le déroulement et le bilan du congrès afin que nous puissions tirer tous les enseignements utiles pour l’avenir. .

Vous vous êtes prononcés pour commencer sur le bilan d’activité de la direction confédérale sortante. Le suspens était entier puisque la presse bruissait des rumeurs les plus alarmantes les unes que les autres. Il s’agissait de dire si l’activité des trois années écoulées était conforme aux orientations arrêtées au 48ème Congrès en décembre 2006.

Avec 77 % des suffrages exprimés, ce bilan a été clairement validé. C’est un résultat important confirmant que la direction sortante a conduit l’activité confédérale conformément au mandat qui lui avait été confié.

Cela ne signifie pas bien sûr qu’il faut ignorer les désaccords qui se sont exprimés et j’y reviendrai, mais vous me permettrez de considérer que 77 %, c’est un score très honorable pour une direction réputée être « coupée de la base ».

Nous connaissons au moins un président de la République qui rêverait que la « France d’en bas » approuve sa politique dans de telles proportions.

Mais figurez vous que la guerre des chiffres a commencé dès le premier vote du congrès. « Il y a 30 % des syndiqués qui ont rejeté le bilan de la Direction confédérale » a-t-on entendu dire. Quand il y en a 7 % qui s’abstiennent, c’est donc qui n’émettent pas d’avis. 77 % de ceux qui s’expriment approuvent et 22 % qui désapprouvent, ça semble clair. Y’a pas photo comme on dit !

Alors pourquoi tenter de faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas ?

D’autant plus que pour ceux qui ont écouté les débats, les amalgames ne sont pas permis. Les militants qui se sont exprimés contre le bilan d’activité, et ils en avaient le droit, ne l’ont pas fait pour les mêmes motifs.

Certains l’ont fait parce qu’ils étaient déjà en désaccord avec les orientations fixées à Lille et ils ne changent pas d’avis.

D’autres, et ils l’ont dit, parce qu’ils ont critiqué ce qui, à leurs yeux, leur apparaissait une mauvaise articulation des luttes dans le premier semestre 2009 de la part de la direction confédérale. Nos arguments n’ont pas su les convaincre. Nous le regrettons.

Prétendre, à partir de toutes ces opinions qu’il existe, je cite « un socle de 30 % à partir duquel on va pouvoir préparer le 50ème Congrès », là, ça relève d’une autre démarche qui appelle des commentaires dans la mesure où elle laisse entrevoir des velléités de s’éloigner des principes et des règles de vie de l’organisation.

Personnellement, j’ai été élevé – comme beaucoup d’autres de la CGT – à l’école de la démocratie syndicale, celle qui vous apprend que l’on peut tout se dire DANS le syndicat. On doit même TOUT se dire lorsque ça ne va pas dans le syndicat.

On le fait dans le respect mutuel et en ayant la volonté de rapprocher les points de vue et non en les cristallisant parce que l’unité dans le syndicat, c’est une première condition pour être efficaces.

Une école qui apprend à respecter les points de vue qui s expriment et le verdict des décisions, non pas pour que chacun efface sa personnalité et ses opinions mais parce qu’il ne peut pas y avoir de CGT attrayante si une partie de ses militants donne le sentiment que son premier combat, c’est celui qui se mène à l’intérieur du syndicat car ce sont d’abord nos objectifs de transformation de la société qui sont nos priorités.

L’école de la démocratie, certes, ne procure pas de diplôme de l’éducation nationale mais elle nous confronte aux différences qui composent le monde. C’est l’école de la vie, là où les matières solidarité et fraternité sont enseignées à la place de la division et de la culpabilisation.

Une camarade nous a dit hier qu’elle était dans « l’opposition à la ligne de la direction confédérale ».
A la CGT, il ne peut pas y avoir par principe une opposition et une majorité, comme si tout devait demeurer figé une bonne fois pour toutes dans les rapports entre camarades. Il n’y a pas une « ligne » de la direction confédérale mais une orientation définie par les syndicats et qui représente la feuille de route de la direction confédérale et des organisations de la CGT.

Chers Camarades, la CGT n’est pas une organisation qui peut fonctionner avec des écuries ou des tendances qui prétendraient agir dans la CGT en marge des règles de vie communes que se sont données tous les syndicats qui la constituent.

La CGT n’a pas besoin de gourou ou de sauveur. La CGT n’est pas en danger, elle est aux mains de ses syndicats. La CGT sait où elle va ! Les délégués du 49ème Congrès viennent de lui tracer le chemin.

C’est d’ailleurs l’opinion qu’expriment les salariés dans les enquêtes d’opinion sur le syndicalisme. Ce message s’adresse à toute la CGT, qu’il s’agisse des syndicats ou des structures professionnelles et territoriales communes de la CGT.

Dans une situation de crise économique et sociale d’une profondeur inédite, comment ne pas comprendre les impatiences qui s’expriment.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que cela trouve une traduction dans nos débats et les votes qui les sanctionnent. Oui la CGT débat et doit démontrer que l’on peut discuter de questions de fond et décider sans que cela débouche sur des clivages qui feraient perdre à l’organisation l’unité qui fait sa force.

Je veux également souligner la qualité du travail des camarades que vous avez mandatés dans les commissions du congrès. Concernant le document d’orientation. Cela a permis la prise en compte de 30 % des amendements et de large réécriture des textes. De ce fait, un grand nombre des préoccupations exprimées au cours de nos débats ont été reprises dans les très nombreuses modifications du document d’orientation et des résolutions que nous avons adoptées. Ces textes ont été adoptés à des taux variant de 76,3 % à 86,7 %. Je ne doute pas dans ces conditions que la débauche d’énergie pour les mettre en œuvre sera à l’image de la fougue qui a pu marquer certains de nos échanges. Dotés de ces orientations, nous aurons comme toujours au lendemain d’un congrès, à actualiser nos repères revendicatifs

Beaucoup de camarades sont revenus dans leurs interventions sur le besoin de donner des perspectives de lutte aux salariés sur toutes les grandes questions revendicatives dont nous avons amplement débattu une semaine durant.

Je ne reprends que les termes de la résolution que nous venons d’adopter sur ces questions d’actualité à propos de la campagne de mobilisation sur l’emploi, les salaires et les retraites nous engageant dans la mobilisation européenne du 24 mars prochain et la campagne sur l’avenir des services publics. Comme nous l’avons bien vu en 2009, l’acte le plus difficile à accomplir n’est pas le vote d’une résolution.

C’est maintenant de l’engagement de chaque organisation que va dépendre la réussite de ces initiatives dans une bonne articulation de l’ensemble des composantes de la CGT. Ne comptons que sur nous-mêmes pour les construire, les populariser et les mener à bien. La préoccupation de l’emploi est sans doute la plus prégnante dans cette période où l’on nous annonce une reprise des affaires alors que l’emploi continue de se dégrader fortement. Mais nous devons veiller à ce que le patronat ne puisse pas opposer salaires et emploi.

En effet, le patronat va tenter de justifier le blocage, voire la baisse des salaires au nom de la préservation de l’emploi alors que la revalorisation urgente des salaires est un élément clé de la sortie de crise. Routiers et employés du commerce sont déjà de la partie. Nous savons aussi que la protection sociale dépend du niveau de l’emploi et des salaires.

Sur la question des retraites, 2010 est annoncé comme un un nouveau rendez-vous majeur. Nous y serons.

Nos échanges nourris sur cette question attestent que c’est un sujet de préoccupation majeure pour les salariés. Tous les syndicats de la CGT vont, ensemble, relever le défi. Oui, nous devons et nous pouvons répondre présents face au défi lancé par le Président de la République qui entend faire des retraites le « marqueur de sa volonté de réforme ». Je l’ai dit, je le répète, la retraite sera pour la CGT, le marqueur de la volonté de résistance des salariés.

La CGT sera au rendez-vous, avec la volonté de construire l’unité, même si nous avons conscience des obstacles pour y parvenir. Des camarades ont exprimé des craintes quant à la proposition de construire « la maison commune des régimes de retraite". Beaucoup se sont dissipées par le débat.

La manifestation du 24 mars à l’initiative de la Confédération européenne des Syndicats est un rendez-vous important pour les salariés européens. Aujourd’hui, aucun rapport de force durable n’est envisageable sans que les résistances qui s’expriment pays par pays ne trouvent à s’exprimer de façon convergente. Dans leurs interventions, John Monks et Guy Ryder ont témoigné de la place occupée par la CGT dans la construction d’un syndicalisme international capable d’organiser la lutte à l’échelle européenne et mondiale. La CGT doit poursuivre dans cette voie. Occupons toute notre place dans cette construction syndicale solidaire.

Il est bien évident que nous n’attendrons pas cette date pour prétendre coordonner de nouvelles mobilisations interprofessionnelles et unitaires. La campagne que nous avons décidée pour la défense et l’amélioration des services publics répond, nos débats l’ont confirmé, à la situation vécue par les salariés des services publics et de la fonction publique.
Voilà encore une tâche urgente pour la Commission exécutive.
Nous avons adopté une résolution ambitieuse nous fixant une priorité d’activité vers les jeunes.
Il ne s’agit pas pour nous en effet uniquement de permettre aux jeunes de s’organiser entre eux mais de mettre les organisations CGT elles mêmes en situation de faire dans leur activité quotidienne une priorité revendicative avec les jeunes. Ouvrons leur les portes et les fenêtres.

Concernant les évolutions touchant à la CGT, les résolutions adoptées après un débat approfondi constituent un programme exigeant. Il faut sans attendre passer à la mise en oeuvre. L’enjeu est d’importance. Ce n’est ni plus ni moins que notre capacité à élargir durablement le rapport de forces en faveur des salariés dont il s’agit.

Nous le réaffirmons, la cause des travailleurs va être ardemment défendue, y compris celle des travailleurs sans papiers.

Les résolutions sont suffisamment précises en terme de calendrier pour permettre à chaque syndicat de s’inscrire, avec la visibilité nécessaire, dans le processus collectif décidé.

La Commission exécutive élue aura un rôle majeur à jouer pour conduire les réflexions touchant aux champs fédéraux et territoriaux. Les organisations territoriales ont également un rôle éminent à tenir.

Loin d’un débat tourné sur nous-mêmes et vers notre fonctionnement interne, l’enjeu est bien de rendre la CGT plus proche des salariés, plus solidaire, plus efficace dans la construction et la mise en convergence des revendications et dans l’organisation des mobilisations nécessaires pour les faire aboutir.

Notre syndicalisation est bien aujourd’hui la clé pour tout progrès de notre capacité de mobilisation et de rassemblement, la clé pour de nouvelles conquêtes sociales. Ouvrons l’année 2010 avec la syndicalisation, parallèlement à nos campagnes revendicatives. Travaillons au renforcement de la CGT, la force aux côtés des salariés de tous les âges, de toutes les entreprises, de toute nationalité, de toute catégorie.

Le Congrès, grâce à vous, a pris la mesure des enjeux et des responsabilités qui nous incombent.
Je vous remercie et je vous félicite.
Alors, en avant !
Allons-y !
Tous ensemble !
Vive les résolutions du 49ème Congrès !
Vive la CGT !

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