49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

L'invité(e)Publié le 9 décembre 2009

John Monks, CES

Le secrétaire général de la Confédération Européenne des syndicats était l’invité du 49ème congrès de la CGT. Il a notamment annoncé une Euromanifestation le 24 mars prochain.

IMG/flv/Monks.flv

«  LES SYNDICATS EUROPÉENS SONT EN COLÈRE  »

Intervention de John Monks, secrétaire général de la CES

Je participe pour la deuxième fois à votre congrès, à un moment où les défis qui sont devant nous sont immenses : crise économique, crise sociale, lutte contre le changement climatique. Face à ces défis, nous avons besoin de nous faire entendre. Les travailleurs ne paieront pas une deuxième fois pour les excès du secteur financier. Et pourtant, que voit-on déjà réapparaître, un an seulement après le début de la crise ? On voit que les banques font des bénéfices énormes et qu’elles vont distribuer des bonus record à leurs traders.
Dans le même temps, en France, les crédits accordés aux entreprises sont à la baisse. On le voit, le monde de la finance n’a pas la moindre intention de changer ses habitudes. Doit-on rappeler aux financiers qu’ils se sont refait une santé grâce à l’argent public ? Doit-on leur rappeler que la crise économique est encore là et que l’emploi est encore loin d’être au rendez-vous ? 4,6 millions d’emplois ont été détruits en Europe cette année. Il y a plus de 25 millions de chômeurs en Europe. En 2010, le taux d’emploi sera inférieur à celui de 2002.
L’attitude des grandes banques nous scandalise, nous met en colère car elles sont irréprochables. Il y a quatre ans, j’ai été considéré comme un ringard car j’ai dénoncé le capitalisme casino. La crise nous a malheureusement donnés raison. Pour toutes ces raisons, les syndicats européens sont en colère et ils vont mener une campagne en 2010, avec comme thèmes principaux  : –  Stop au chômage  ! Nous devons lutter contre l’enracinement du chômage qui fragilise les gens et la société entière. La lutte contre le chômage doit être au cœur des politiques économiques, notamment le chômage des jeunes. –  Fini les bonus ! Nous voulons une vraie réglementation financière pour ne plus revivre ce que nous avons vécu et vivons encore. Nous disons  : «  Plus jamais ça  !  » –  Halte aux réductions budgétaires qui visent le secteur public et la protection sociale ! –  Pour une augmentation des salaires et du pouvoir d’achat.

Notre message central est le suivant : Vous avez sauvé les banquiers, à présent, investissez dans l’emploi ! Nous organiserons une grande euro-manifestation, à Bruxelles, en mars, juste avant le Conseil européen. Et nous comptons sur votre participation massive à cette mobilisation, comme vous l’avez toujours fait.
Il n’y aura pas de fin de crise tant qu’il n’y aura pas de reprise de l’emploi. Nous devons être très vigilants car la crise sociale sera très forte en 2010. Le niveau très élevé du chômage des jeunes est très inquiétant  : 21 % aux Etats-Unis, 25 % en France, 50 % en Espagne. Ne pas investir dans la jeunesse fragilise la société à court et à moyen terme. Les jeunes ont besoin d’un avenir.
La conséquence directe de la dégradation de l’emploi est la précarité, l’exclusion sociale, notamment chez les jeunes. Huit millions de personnes en France vivent des situations de pauvreté. C’est inacceptable !
Cette très grande instabilité sociale et économique se traduit encore au niveau international par un renforcement du protectionnisme économique. Et elle se traduit au niveau national par des pulsions nationalistes et xénophobes sur lesquelles jouent certains gouvernements à des fins électorales.
Pour la CES, la crise sera finie quand nous obtiendrons le plein emploi avec des emplois de qualité. Ce n’est pas un objectif utopique. L’Europe en avait fait l’objectif de sa stratégie, à Lisbonne. Celle-ci a échoué. Mais l’objectif reste valable. Nous demandons aux gouvernements européens de véritables instruments de relance. Nous demandons également de recentrer les priorités économiques sur des politiques industrielles fortes. Il faut une politique industrielle «  bas carbone  ». Développer une économie verte implique une véritable relance de l’innovation, de la recherche, de l’éducation et de la formation professionnelle.
Une politique industrielle bas carbone nécessite la mise en place de négociations que nous appelons «  transition juste  ». En d’autres termes, nous voulons que les institutions chargées de prendre en compte l’ensemble des défis aient les moyens d’agir. C’est dans cet esprit que nous allons à Copenhague.
Ne nous trompons pas. L’emploi est concerné par le changement climatique. La question sociale est la clé pour aller vers un autre système de production. Les effets du changement climatique aggravent les inégalités entre les régions du monde.
Personne ne peut résoudre le problème du changement climatique si la question des inégalités sociales et de la pauvreté n’est pas prise en compte. La CES et les autres syndicats se battront à Copenhague pour un accord ambitieux et contraignant. Enfin, nous redoutons les réductions dans les dépenses publiques. L’Etat doit prendre ses responsabilités. La crise a fait exploser la dette publique qui atteint des montants abyssaux dans tous les pays. Qui va payer cette nouvelle addition à présent ? Nous le répétons, ce ne seront pas les travailleurs.
Nous craignons que les gouvernements donnent un tour de vis au secteur public, alors même que c’est maintenant que le besoin est urgent. La crise confirme que les pays qui ont un système social de bon niveau assurent une meilleure solidarité et limitent mieux les chocs sociaux. Les travailleurs ne paieront pas la facture de la crise !

Chers camarades, la situation est difficile, d’autant que les perspectives politiques sont incertaines. Tous les travailleurs européens, qu’ils soient au travail ou qu’ils soient au chômage, ont besoin d’un syndicalisme fort, uni et revendicatif pour dépasser les inquiétudes qui conduisent souvent au repli ou au corporatisme. C’est la seule façon de se faire entendre face à l’arrogance des grandes institutions.
Dans tous les pays d’Europe, nous menons les mêmes combats. Depuis plus de deux siècles, le syndicalisme européen a montré que sa force réside dans sa capacité de rassemblement. C’est l’objectif que poursuit la CES, sans relâche. Nous voulons parler d’une seule voix pour être plus forts, pour faire respecter les droits des travailleurs et en conquérir de nouveaux. Le congrès de la CGT contribuera à coup sûr à cet objectif.
Plein succès, camarades. Tous ensemble pour les combats qui nous attendent.

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L’invité(e)

Guy Ryder, CSI Marie Pezé, psychologue Pierre Musso, philosophe

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