49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Le quotidien du CongrèsPublié le 29 décembre 2009

Débat sur la deuxième partie du document d’orientation

IL FAUT LES LAISSER PRENDRE LEUR PLACE

Dans la foulée de la table ronde sur la jeunesse, le débat se cristalisesur les situations vécues par les jeunes au travail. L’enjeu des droits, la structuration de la CGT, les passerrelles à construire entre monde étudiant et monde salarié nourissent les interventions.

JÉRÉMIE RINGOT, Travailleurs de l’Etat, Gironde.« J’ai 26 ans et je suis secrétaire général de mon syndicat, qui compte 180 syndiqués actifs. Dans mon entreprise, qui appartient au ministère de la Défense, la sous-traitance s’accroît. Parmi ces soustraitants, il y a une société de gardiennage comptant de nombreux de jeunes, qui sont venus voir le syndicat parce qu’ils rencontraient des problèmes. Leur société ne les payait plus depuis deux mois et, comme ils n’effectuaient plus leur mission, cela mettait notre propre entreprise en difficulté. Nous avons mobilisé les salariés de l’établissement pour faire pression sur notre directeur. La mobilisation et la solidarité ont permis d’imposer nos revendications et que les salariés obtiennent réparation. Au final, sur les 32 salariés de cette entreprise sous-traitante, 7 se sont déjà syndiqués et ils veulent rester dans notre syndicat, malgré la mobilité imposée par leur entreprise. Pourtant, des questions restent en suspens. Quel lien entretenir avec ces jeunes, qui ont tous moins de 35 ans ? Cette expérience confirme que les jeunes s’engagent après un mouvement, une lutte, quand ils perçoivent l’utilité de la CGT. Les jeunes ont plus que besoin de collectifs jeunes. Une prise en compte accrue est nécessaire. Tous ensemble, jeunes, femmes, hommes… C’est par la mobilisation de tous qu’on pourra emporter des victoires et marquer l’histoire. La CGT est forte de ses adhérents et forte de sa diversité. Instaurons des débats constructifs et non destructifs ! »

JÉRÉMY LEFÈVRE, Verre et céramique, Aisne. « On peut se féliciter d’une CGT pour tous. Dans sa carrière professionnelle, on est au départ étudiant, souvent étudiant salarié, puis vient le temps des stages, de l’intérim, de la précarité, avec ses contrats divers, et l’embauche en CDI, qui ne protège pas des discriminations syndicales. Nous rencontrons des diffi cultés pour avoir des jeunes syndiqués. Pourtant, il y a un an, nous avons organisé des assises des jeunes dans la Fédération verre et céramique, avec la présence de Bernard Thibault. Cette rencontre inédite a débouché sur une dynamique et nous sommes allés voir les jeunes sur le terrain pour leur proposer la syndicalisation. Concernant la formation syndicale, je constate que le stage de niveau 1 n’est plus forcément adapté à ce que les jeunes attendent. Il faudrait peut-être le remettre à jour. Les métiers ont aussi beaucoup évolué et il y a aujourd’hui beaucoup de polyvalence et de polycompétence. Les jeunes s’y adaptent mais nous devons répondre à ces problématiques nouvelles. Enfin, on fait souvent l’amalgame jeunes = casseurs, mais les vrais casseurs ce sont les patrons qui détruisent l’emploi ! »

KAMAL AHAMADA, Métallurgie, Rhône. « Merci pour la tenue de ce débat et de la priorité donnée à la jeunesse lors de ce congrès. Sur le constat, on est tous d’accord sur la triste réalité que nous vivons, exposés aux plans qui détériorent l’emploi. Mais quelle est la place des jeunes dans la CGT pour exprimer ce mal-être au travail qui est la cause des galères que nous vivons ? Il faut accorder une crédibilité aux jeunes et leur donner les moyens d’échanger, de se rencontrer, de construire ensemble, mais aussi leur offrir une place importante dans la réfl exion et l’exécutif des instances syndicales. Il nous faut élargir la réfl exion et aller vers les jeunes, capter leur énergie pour agir contre les mauvaises conditions de travail. »

SABINE GENISSON, Collectif jeunes-CGT, Nice. « Il est difficile de dresser un bilan du Collectif confédéral jeunes (CCJ), donc nous allons aborder le sujet autrement  : les jeunes et le CCJ font partie de l’avenir de la CGT. Le renouvellement des militants, le renforcement de notre organisation doit forcément passer par nous. La CGT souhaite intégrer plus de jeunes et souhaite aussi que ces jeunes puissent se reconnaître dans la CGT. Il faudra donc mettre des jeunes en responsabilité pour les aider à s’affirmer. Pas dans dix ans, mais tout de suite. Mettre les jeunes en responsabilité, cela signifie qu’il faut les laisser prendre leur place, avec leurs manières de faire, leur approche communicative. Il ne faut pas tenter de les mettre dans un moule. Pour autant, cela n’implique pas une autre vision de la CGT, au contraire. Le collectif jeune est un outil, un laboratoire d’innovation au service du syndicat. Les revendications spécifiques des jeunes s’inscrivent pleinement dans celles plus générales de la CGT. Il n’est pas question de parler d’individualisation, mais bien de solidarité et de lien intergénérationnel. Le constat parle de lui-même : 57 % des jeunes font confiance à la CGT. Pourtant, le nombre de jeunes syndiqués est nettement insuffisant. Nous ne sommes pas à part, donc travaillons ensemble. Aideznous à reprendre le flambeau qui commence à s’éteindre, faute parfois de renouvellement humain. »

CAROLE ROVELLI, Banquesassurances, Calvados. « Il nous faut développer nos capacités à attirer les jeunes salariés vers la CGT et plus encore leur faire prendre des responsabilités dans leur organisation. Le CCJ peut être ce collectif si tant est qu’on lui donne, qu’on leur donne les moyens. Nous avons besoin de collectifs jeunes pour renforcer nos syndicats, espaces d’échange et de débat. Dans notre syndicat, sur les 11 membres de la CE, il y a 7 jeunes. Les jeunes attirent les jeunes et rappelonsnous que la CGT n’est pas la seule à se tourner vers la jeunesse. »

GUILLAUME FLORET, FNME, Lot-et-Garonne.« Il est difficile pour un jeune de militer et de s’impliquer, car souvent il a peur des menaces qui pèsent sur sa carrière professionnelle. La non-reconnaissance de la syndicalisation et de la place des jeunes dans les organisations pèse sur ce congrès, qui compte à peine 70 jeunes de moins de 30 ans sur les quelque 1.000 délégués. La confédération veut donner la priorité à la jeunesse, mais, dans la réalité, c’est plus contrasté. On assiste a un double phénomène : parfois les jeunes sont peu crédibles aux yeux des responsables syndicaux. D’autres fois, c’est le phénomène inverse, où l’on nous donne trop de responsabilités. Il existe un autre frein à l’engagement, celui de l’assimilation de la CGT à un parti politique. Aussi la CGT doit réaffirmer son indépendance. »

LAURENCE JEZEQUEL, Organisme sociaux, Finistère. « Depuis deux décennies, les jeunes sont un enjeu pour les politiques ou les gouvernements. On a mis en oeuvre un panel de lois et mesures pour mieux les précariser et c’est pourquoi ils ne trouvent pas leur place dans la société. On est aujourd’hui dans un millefeuille de mesures spécifiques, parfois discriminantes, qui visent à les mettre en concurrence. La CGT doit aussi combattre les souscontrats qui stigmatisent une classe d’âge. C’est donc bien un enjeu majeur de se tourner vers la jeunesse. Mais nous devons prendre acte des difficultés et travailler pour attirer les jeunes en répondant à leurs aspirations pour qu’ils viennent. Gagnons la reconnaissance salariale et sociale. C’est le rôle de la CGT de combattre les dispositifs discriminatoires. »

ARNAUD MASCIOCCHI, Cheminots, Seine-Saint- Denis. « La CGT a raison de pratiquer le syndicalisme rassemblé. Cela ne constitue pas un frein, mais contribue à créer le syndicat de tous les salariés. Il faut intégrer, ne pas différencier. Les salariés ont besoin de repères idéologiques. Tous ensemble, formons la CGT de tous les salariés. »

JÉRÔME DHAINAUT, Chimie, Pas-de-Calais. « Le discours de Bernard Thibault à l’ouverture de ce congrès développait un syndicalisme d’accompagnement. C’est cela qui explique la faible syndicalisation des jeunes ! Pour moi, la meilleure défense c’est l’attaque. A chaque attaque du patronat, nous devons faire front. Les collectifs jeunes sont oubliés dans la deuxième résolution. Cela signifie-t-il la disparition des collectifs jeunes ? Les jeunes veulent lutter. Où est la CGT de lutte ? »

CAROLINE DAGUIN, Cheminots, Paris. « Je travaille dans l’ingénierie à la SNCF et on assiste à la multiplication des filiales. Ces dernières comptent beaucoup de jeunes sans statut et de salariés de droit privé. J’ai pour ma part débuté ma carrière par de l’intérim, de la polyvalence… Et le statut, c’est important ! Aujourd’hui, il y a un mélange de conventions collectives dans notre secteur. Nous devons gagner les mêmes droits pour les jeunes des filiales que pour nous. Moi, je veux avoir les droits attachés à ceux de la SNCF. Les sous-traitants veulent avoir les mêmes droits que nous. »

VIRGINIE GOSLIN, Commerce, Nord. « Le capitalisme ne fait qu’abaisser notre niveau de vie. Heureusement, 49 % des salariés font confiance à la CGT. En 2008, la CGT annonce 45.000 adhésions dont 19 % de moins de 30 ans. Pour la Fédération du commerce, ce sont 5.000 nouvelles adhésions qui ont été réalisées, dont 23 % sont des jeunes. Nous devons cerner leurs attentes et problématiques. Nous devons permettre à chacun de militer comme il le souhaite. Les jeunes forment un salariat mobile et précaire. Il faut donc les aider, car ils sont vulnérables et il est difficile de les impliquer. Aujourd’hui, on compte 2,3 millions d’étudiants dont 160.000 travaillent à temps plein. La part des étudiants salariés est importante. Le patronat les instrumentalise pour faire travailler les salariés le dimanche. Par cette réalité, le gouvernement obère l’avenir des jeunes. »

ALINE MAILLARD, FAPT, Loire-Atlantique. « Les jeunes hésitent à se syndiquer à cause de la précarité et des menaces qui pèsent sur leur carrière. La CGT doit être plus claire sur ses revendications vis-à-vis des jeunes, notamment sur le revenu étudiant. Il faut aller vers les travailleurs saisonniers et les apprentis. Ils veulent lutter immédiatement. Mais les syndicats freinent trop leurs actions. Nous devons organiser plus de débats en direction des jeunes. Créer un livret d’accueil serait utile et la CGT doit davantage s’impliquer dans l’altermondialisme. Nous devons aussi construire des collectifs jeunes dans les UD et les fédérations, former les jeunes et construire avec eux. Les jeunes ne doivent pas prendre leur place, c’est la CGT qui doit la leur donner. »

VALÉRIE STIEVENARD, Services publics, Gironde. « La CGT a une responsabilité envers les jeunes face à l’école et face à l’accès à l’emploi. Le syndicat doit les préparer à la culture professionnelle. Chaque jeune doit trouver des outils pour défendre les emplois publics statutaires. »

ANNE-ISABELLE GOMEZ, Sociétés d’études, Gironde. « Il y a de nombreux précaires dans mon entreprise. Aujourd’hui, dans la société, on ne fait aucune confi ance à la jeunesse et c’est un problème. La notion de “respect” parle aux jeunes, car ils ont le sentiment de ne pas être respectés dans la société et leur opinion peu prise en compte. Nous devons mettre le principe de l’émancipation et du respect dans notre approche. »

OLIVIER SEKAI KHALED, Transports, Gironde. « Je trouve bien qu’il y ait une table ronde, mais elle ne doit pas doit pas cacher les difficultés. Les jeunes ne sont pas pris au sérieux, ils ont peu de place dans la réalité. On doit leur donner les moyens humains et, fi nanciers, leur faire confi ance. Il faut qu’ils imaginent un syndicalisme nouveau, de leur époque, en complément de celui des anciens. Combien de jeunes viennent à la CGT pour nos valeurs ? Nous devons lutter pour que l’histoire du syndicalisme fi gure dans les manuels scolaires. Vive la CGT rajeunie et vive le 49e congrès ! »

STÉPHANIE CABRIGNIAC, FAPT, Bouches-du-Rhône.« Je suis salariée de droit privée, cadre commercial. Il y a treize ans, j’étais étudiante salariée et j’ai connu la galère, la non-reconnaissance des diplômes… et, aujourd’hui, je suis dans une fédération multipro et une entreprise dont 60 % des commerciaux sont des femmes. Le vécu a son importance pour la jeunesse. La CGT s’est construite à partir des diversités de situation, des convergences revendicatives. La solidarité et la confiance sont des valeurs à défendre dans la jeunesse. »

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