49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Tribune de discussionPublié le 1er décembre 2009

Le syndicalisme « Retraités » et sa place dans l’action et la confédération

Contribution de Michel Becerro, secrétaire du syndicat CGT des retraités et préretraités des banques et assurances de la Gironde

Cinq congrès impliquant notre syndicat des retraités et préretraités sont au programme des mois prochains (chronologiquement) : Congrès de l’USR 33 les 3 et 4 déc. 2009, 49ème Congrès confédéral du 7 au 11 déc. 2009, congrès de l’UCR du 12 au 16 avril 2010, congrès de l’UFR Banques-Assurances 3 et 4 mai 2010, congrès de l’UD 33 2ème trim. 2010.

Cette contribution valable pour chacun d’eux va aborder :

- L’enjeu et la nécessité du syndicalisme « Retraités »
- Les raisons d’être du syndicalisme « Retraités »
- L’outil du syndicalisme « Retraités »

L’enjeu et la nécessité du syndicalisme « Retraités »

Le monde des retraités, parmi lesquels ceux venant du monde salarié, fait l’objet de plusieurs convoitises : économique, sociale, idéologique et politique. Sa taille numérique et sa part grandissante dans la société font que ces convoitises sont appelées à s’accélérer.

1. C’est un marché économique porteur que le capitalisme cible sous tous les angles : épargne, tourisme, assurances, santé, maisons de retraite, funérailles. Il y a là du profit à réaliser.

2. C’est un marché social dans lequel les retraités sont souvent prêts à investir le mouvement associatif. Cette démarche solidaire et louable doit être poursuivie en veillant à éviter à ce que ce bénévolat ne soit pas utilisé au détriment du salariat et du service public. Le bénévolat serait contre-productif s’il avait pour finalité de jouer contre l’emploi qualifié et bien rémunéré.

3. C’est une force sociale dont la convergence d’intérêts avec les salariés peut peser positivement dans l’issue des luttes

4. C’est une population citoyenne électorale déterminante car appelée à devenir majoritaire dans le corps électoral. Qui la gagne à ses idées est quasiment garanti de maintenir sa domination.

Ces questions de fonds justifient la nécessité pour la CGT et l’utilité pour les retraités d’être syndiqué et force collective. La continuité syndicale est un acte majeur du renforcement de la CGT et de la création du rapport de forces. Et cela s’organise. Bien entendu, il ne faut pas négliger des raisons plus personnelles que chacun peut avoir à rester syndiqué par fidélité voire à adhérer pour la première fois à un syndicat par solidarité, intérêt propre du moment où prise de conscience.

Utilité pour soi certes mais utilité pour les autres car un syndiqué actif qui décide d’assurer sa continuité syndicale en tant que retraité apporte au-delà de lui –même. En effet, il est porteur d’histoire sociale, il est témoin et souvent acteur des luttes passées à l’origine des acquis sociaux du moment présent. En ce sens, il est passeur de mémoire, mémoire nécessaire aux syndiqués et militants d’aujourd’hui.

Les raisons d’être du syndicalisme « Retraités »

Il y a d’abord les revendications spécifiques c’est à dire celles qui relèvent directement de sa situation de retraité et de son statut social : niveau et évolution des pensions, couverture sociale, service public de proximité, santé, transports, loisirs etc. Défendre ses droits et en conquérir de nouveaux nécessitent un rapport de forces. Certes, les retraités n’ont plus d’employeurs, de patrons au sens strict des termes mais derrière un mauvais coup social il y a toujours le Medef et son complice le gouvernement (ou inversement). Tout comme il y a des représentants du patronat et/ou des ministères de tutelle dans les conseils d’administration des caisses de sécu, de retraite, de mutualité et de prévoyance ainsi que dans les institutions départementales ou régionales.

Ensuite les revendications convergentes et solidaires avec les salariés actifs sont évidentes puisque les retraites issues essentiellement du système par répartition sont alimentées par les cotisations prélevées sur les salaires. Bas salaire et chômage font des basses retraites pour les retraités de demain mais pèsent aussi sur les retraités d’aujourd’hui. Par conséquent, se battre ensemble actifs et retraités pour les salaires et l’emploi, c’est bon pour tous.

L’outil du syndicalisme « Retraités »

La CGT a vu le jour dans l’évolution d’un syndicalisme en construction en 1895. Ce n’est qu’en 1969 pour ne pas dire 1982, que la CGT a jugé nécessaire de se doter d’une structure « Retraités », l’Union confédérale des retraités complétée par les UFR et les USR. Aujourd’hui, les retraités sont sensés statutairement être regroupés dans la section Retraités de leur syndicat d’actifs. Faut-il déroger à cela et imaginer d’autres formes plus adaptées à aujourd’hui, tenant compte de la nécessité de l’action commune des retraités d’une même profession ou interprofessions, tenant compte de la proximité et du lieu de vie, de la notion de revendication territoriale qui en découle ? Ce n’est pas une question tout à fait nouvelle puisque déjà les journées d’études UCR des 10 juillet et 20 aout 2008 l’ont abordé en ces termes, je cite : « Faut-il maintenir absolument la règle qui veut que les retraités se regroupent en sections syndicales qui adhèrent à des syndicats composés de sections syndicales d’actifs et dirigés par des actifs ? Ou ne serait-il pas plus simple, plus logique et moins gênant d’avoir des syndicats de retraités adhérant directement à leur UD et à leur Fédération ? Et bien sûr à leur USR et leur UFR ! »

En attendant que nos congrès en cours en discutent et tranchent, qu’en pensons-nous nous-mêmes, tout comme s’y est employée la commission exécutive de l’UCR au travers de la question suivante « Est-ce que le fait d’être section d’entreprise favorise ou pas le lien actifs/retraités ? ».

J’inverserai le questionnement en disant « Est-ce que le fait d’être un syndicat de retraités local ou départemental, professionnel ou interprofessionnel nuit ou interdit le lien actifs/retraités ? ».

Personnellement, je pense que notre intérêt est de savoir adapter l’outil au terrain dans une structure adéquate permettant de rassembler le plus grand nombre dans la proximité. La structure Syndicat pour les retraités en est une forme qui n’a pas vocation à les couper des actifs en raison de la convergence des revendications et de l’intérêt commun à assurer la continuité syndicale. Cette forme d’organisation, nous l’avons expérimenté à Bordeaux dans un syndicat de plein exercice à statuts déposés, regroupant tous les retraités et préretraités CGT des banques et des assurances de la Gironde. Notre assemblée constitutive s’est tenue en avril 2000. Nous avons commencé à rassembler avec l’accord des actifs la vingtaine de retraités syndiqués du moment issus de quatre entreprises. Ces syndiqués n’avaient aucun lien entre eux ni activité commune. Nous avons commencé avec un collectif de trois camarades et nous avons fait notre expérience en grandissant. Aujourd’hui, nous avons 94 syndiqués issus de 12 entreprises et un conseil syndical de 15 membres de sept entreprises, conseil qui se réunit tous les mois , informe, consulte et rend compte aux syndiqués de son activité et organise la participation du syndicat à toutes les initiatives retraités ou actifs/retraités. Et cela ne nuit pas à notre investissement dans le lien actifs/retraités et interpro puisque trois de nos militants sont membres de la commission départementale de l’USR33, un est membre de la CE et du bureau de l’UFR Banques Assurances, deux sont membres de l’Union syndicale locale actifs/retraités Banques assurances, cinq militent sur les pôles de quatre unions locales et deux sont conseillers du salarié. Nos liens actuels avec les syndicats d’actifs de nos entreprises d’origine permettent de connaitre les départs en retraite pour anticiper autant que possible la continuité syndicale avec un minimum d’échec ce qui explique notre évolution. En conclusion, nous avons un outil rassembleur pour agir qui devrait continuer à se renforcer. En effet, les départs en retraite de syndiqués en activité vont se poursuivre. Chacun d’eux a sa place dans le syndicat des retraités. Les motifs de rester syndiqué sont évidents pour nous mais peut-être faut-il les affirmer haut et fort et les faire partager pour éviter plusieurs écueils : perdre un adhérent, rester syndiqué chez les actifs ce qui est une fausse solution en regard de son nouveau statut ou dans une structure d’entreprise nationale ce qui est contraire à la nécessité d’une activité de proximité.

Cela me conduit à donner un avis sur la partie du document d’orientation du 49ème congrès confédéral qui traite du syndicalisme Retraités (III-128 et III-129).

D’abord, je dirai que traiter du syndicalisme « Retraités » en deux articles sur plus de 400 est inversement proportionnel à l’ambition de la CGT de construire un syndicalisme pour tous les âges. Je ne doute pas que les contributions et les débats à venir permettront un rééquilibrage du document. Ensuite et dans le prolongement de ma propre contribution, je propose de ne pas tourner autour du pot et d’indiquer clairement le droit pour les retraités de s’organiser en syndicats.

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