49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Revue de pressePublié le 6 janvier 2010

Lu dans Vie Nouvelle

Bernard Thibault : "Lucides et confiants en nous-mêmes"

C’est dans un contexte économique et social inédit, que s’ouvre à Nantes, le 49e Congrès de la Cgt. Un moment très important pour toute la Cgt. Pour le monde du travail aussi, qui attend beaucoup du syndicalisme en général et de la Cgt en particulier. Des enjeux essentiels pour l’avenir. Entretien exclusif avec Bernard Thibault, secrétaire général de la Cgt. Par Michel Scheidt, dans "Vie nouvelle", le magazine des retraités Cgt.

Les congrès de la Cgt sont toujours un événement dans la vie sociale du pays. Celui-ci semble particulièrement attendu. Pourquoi  ?

En effet. Je pense que cela est dû à la fois à des éléments liés au contexte économique et social actuel, exceptionnel par bien des aspects et, aussi, à la place que la Cgt occupe dans le paysage syndical de notre pays. En ce qui concerne le contexte, inédit, je le répète, peu de militants de la Cgt en activité ont dû rencontrer un environnement comparable avec celui que nous connaissons du fait d’une crise sans précédent. Une crise dont nous ne sommes pas sortis et qui, comme nous ne cessons de le répéter, est une crise structurelle. Celle du développement d’une logique économique capitaliste et non simplement une crise passagère qui serait seulement liée à quelques dérives du système financier. Si on ne pouvait pas prédire qu’elle prendrait cette forme-là et que les conséquences se manifesteraient avec autant de violence sociale, la Cgt n’est pas surprise de ce que peut produire ce système. Donc, et c’est logique, les salariés attendent beaucoup du syndicalisme en général et de la Cgt en particulier pour essayer de faire face à cet environnement hostile à leur égard. Il ne faut pas oublier que déjà, lors des élections prud’homales de l’an dernier, la Cgt a été la seule grande confédération à voir son influence progresser. Un résultat qui, d’une certaine manière, traduit une approbation de plus en plus large du rôle et de la manière dont la Cgt cherche à assumer ses responsabilités dans ce contexte difficile. Une Cgt perçue et reconnue comme étant toujours aussi déterminée et combative, formulant des propositions originales et des analyses détaillées et, en même temps, porteuse d’une démarche d’unité syndicale, source, on le sait bien, d’efficacité dans l’action. Même si, de ce point de vue, on l’a vu récemment, cela n’est pas toujours facile à réaliser. C’est donc dans un contexte de crise où les objectifs de la Cgt sont appréciés que se déroule notre congrès. Un congrès qui va devoir aussi analyser l’état du rapport des forces actuel. Car les attentes à notre égard sont, il faut le reconnaître, plutôt disproportionnées aux possibilités, aujourd’hui, de notre outil réel.

Quels sont les enjeux principaux de ce congrès  ?

L’objectif principal d’un congrès est d’apporter aux militants de la Cgt les éléments de compréhension et d’analyse pour être plus forts à la fin des travaux qu’au début. Un objectif dont je ne doute pas qu’il sera atteint à ce 49e Congrès. Il existe en effet, des éléments qui doivent nous permettre d’être plus confiants en nous-mêmes. J’observe que parfois, ce n’est pas toujours le cas. Or, la Cgt a sans doute le réseau de militants syndicaux le plus étoffé. Comparé à d’autres organisations, c’est une richesse et une qualité irremplaçables. Elle a aussi une audience et une influence réelles et elle est omniprésente dans la vie sociale du pays. Peu d’organisations peuvent faire ce constat. Là où nous sommes implantés, les salariés qui disposent de la Cgt pour s’exprimer, défendre leurs revendications et faire face à la crise disposent d’abord d’un outil incomparable. Un des enjeux de ce congrès est donc bien de réfléchir aux conditions, aux orientations et aux décisions que nous avons à prendre pour élargir le périmètre de nos implantations. Il faut accepter de dire aux salariés, quelle que soit leur catégorie ou leur génération qu’attendre beaucoup de la Cgt est une chose, mais que les résultats seront proportionnels à leur engagement dans la Cgt. Nous ne pouvons pas laisser s’installer et se généraliser une sorte de délégation de pouvoir à la lutte sur les seuls syndiqués à la Cgt d’aujourd’hui. Ce serait entretenir une illusion.

Vous montrez que la Cgt a su se rendre incontournable sur la scène sociale. La confiance en elle-même est une chose, mais est-ce que ça suffit pour répondre aux attentes des salariés  ?

Le congrès doit réfléchir pour avancer en levant les doutes ou les ambiguïtés qui nous empêcheraient d’être offensifs. D’autant qu’il n’y a pas de question liée à l’identité de la Cgt qui soit posée aujourd’hui. Aucun des axes proposés aux congressistes ne vise à être moins la Cgt, mais à être mieux la Cgt. C’est-à-dire à continuer à s’affirmer comme un syndicat de tous les salariés, quelle que soit leur profession, leur nationalité dès lors qu’ils travaillent en France, qu’ils soient actifs, jeunes ou retraités. C’est un élément structurant de notre organisation. Mais nous savons bien que l’énoncé de ces principes statutaires ne suffit pas. La précarité, la déréglementation ou les restructurations des entreprises aidant, nous n’avons pas encore trouvé les formes adaptées pour organiser les plus jeunes, les plus précaires ou les chômeurs. Il nous faut remettre cet ouvrage sur le métier pour être plus conformes à ces aspects qui fondent l’identité de notre organisation.

Que faut-il changer pour que la Cgt soit en parfait état de marche  ?

C’est l’un des objets dont doit se saisir ce congrès. Nous allons discuter, entre nous, sur ce que l’on peut faire évoluer et qui dépend de nous. Le faible taux de syndicalisation en France n’est pas de notre seul fait. La répression anti-syndicale est une réalité. L’actualité montre que la bataille des libertés syndicales n’est pas encore gagnée. L’opposition patronale, à voir émerger le fait syndical, notamment dans les petites entreprises, n’aide pas non plus. Mais en même temps, nous devons admettre que nous avons des choses à changer dans nos modes d’organisation et de fonctionnement actuels qui peuvent concourir à élargir le nombre de syndiqués à la Cgt. Nous allons discuter de cela et sur la base des orientations qui seront retenues, nous suggérons que chacune des organisations qui composent la Cgt tienne, avant fin 2011, son propre congrès pour réfléchir à sa propre activité, notamment à son périmètre d’organisation. C’est une différence notoire avec les congrès précédents. Si cette suggestion d’échéancier contraignant était retenue, ce serait à la fois une première dans la vie de la Confédération et un engagement politiquement plus fort montrant une prise de conscience nouvelle sur l’état de nos forces organisées. Appuyons-nous sur le léger regain d’adhésions nouvelles intervenu en 2009. Elles ont été réalisées dans l’urgence d’une situation où les salariés viennent frapper à la porte de la Cgt lorsqu’ils sont confrontés à un coup dur. Mais je rappelle que toutes les déclarations et autres engagements pris lors de campagnes de syndicalisations n’ont pas débouché sur des mesures suffisamment effectives et concrètes pour inverser la tendance. Il faut sortir de cette relation où on reconnaît à la Cgt son rôle à organiser utilement les salariés, mais seulement lorsqu’ils sont menacés…

C’est-à-dire  ? Il faut que la Cgt puisse organiser les salariés dans une plus grande permanence afin de garder toutes celles et ceux qui y adhèrent. En d’autres termes, éviter que les ruptures dans la vie professionnelle, aboutissent à une rupture avec la Cgt. Ce qui est, par exemple, encore trop souvent le cas lorsqu’un actif prend sa retraite. En finir avec ce phénomène passoire qui fait que le nombre de syndiqués total n’augmente pas. Nous ne partons certes pas de rien, mais je considère qu’il y a urgence à aller plus vite et plus loin sur ce que nous avons déjà engagé. Nous allons discuter tranquillement de tout cela. Il ne s’agit pas d’uniformiser les modes d’organisation qui font la Cgt, à savoir, une Confédération de syndicats avec des profils différents d’un secteur à un autre. Mais plutôt de regarder vers des redéfinitions ou des réévaluations de telle activité professionnelle ou de telle activité territoriale. Il y a besoin de mieux articuler et de mieux coordonner ces deux dimensions de notre activité. En d’autres termes, ce qui doit primer dans notre organisation, ce sont les besoins revendicatifs des salariés eux-mêmes et non pas la structure des entreprises ou des administrations qui, elles, sont sans cesse en mouvement. Les métiers et les techniques évoluent, les besoins des salariés aussi. Une réalité qui nous amène à nous interroger sur les outils permettant aux salariés d’aujourd’hui d’être syndicalement organisés.

Le document d’orientation met en avant la nécessité pour la Cgt d’accueillir toutes les générations de salariés, notamment les jeunes. Mais quelle place peuvent occuper les retraités sur le terrain revendicatif et dans la vie syndicale de la Cgt  ?

Un mot tout d’abord pour expliquer ce qui motive l’importance des jeunes et leur priorité stratégique pour la bataille de la Cgt figurant dans le projet de résolution sur lequel les congressistes vont travailler. Deux raisons principales à cela  : ils sont en quelque sorte otages pour toutes les opérations de déréglementation du droit social et de précarisation du salariat. Parvenir à une activité syndicale qui contrarie cette tendance est un enjeu revendicatif pour tout le monde. Ensuite, ce sont eux qui feront la Cgt de demain. Il serait même souhaitable qu’ils fassent la Cgt d’aujourd’hui plus nombreux encore. Nous devons avoir conscience que la Cgt aussi doit relever le défi du renouvellement des compétences militantes par de nouvelles générations. Là encore, nous pouvons aborder cette question avec confiance. Toutes les enquêtes d’opinion montrent qu’aux yeux des jeunes, la Cgt est le syndicat le plus efficace. Pour autant, faire des jeunes une priorité stratégique, ne signifie pas qu’il faille oublier les autres générations. Particulièrement les retraités. Les enjeux de leur présence dans la Cgt sont multiples. Syndiqués dans l’organisation, ils ont les mêmes droits et le même statut que les syndiqués salariés. Leur présence active nous permet de prendre conscience de l’évolution démographique à laquelle nous sommes tous confrontés dans la société. La place numérique des plus de soixante ans va sensiblement et rapidement progresser. Il est donc déterminant de savoir comment cette partie de la population va trouver les moyens, les lieux et les organisations, en l’occurrence la Cgt, pour que s’expriment les revendications en solidarité avec les autres générations. Ou, au contraire, comme le prétendent certains, la logique de représentation des retraités doit se faire de manière autonome, fondée uniquement sur des critères d’âge  ? Autrement dit, du seul fait de leur âge, les retraités n’auraient plus rien à défendre de commun avec les jeunes. Une telle vision n’est pas la nôtre. Elle aurait un impact direct sur un certain nombre de revendications comme celle, par exemple, de l’avenir des retraites dans notre pays.

Une même Cgt pour tous  ?

Un atout en tous cas pour mobiliser conjointement toutes les générations. Si sur cette question des retraites, nous étions en difficulté pour mobiliser ensemble, jeunes, actifs et retraités, les plus libéraux de nos stratèges se sentiraient pousser des ailes pour porter un coup fatal à notre système par répartition. On voit bien l’enjeu de syndiquer les retraités, qui sont d’anciens salariés et qui ont aussi des revendications pour améliorer leurs conditions de vie, dans une organisation qui regroupe toutes les générations. Une large part de leurs revendications passe par un enjeu qui solidarise toutes les générations. Mais j’insiste, c’est un objet de bataille  ! D’où l’importance de ce que l’on appelle la continuité syndicale. Encore une fois, il ne faut plus que la rupture professionnelle soit l’occasion d’une rupture avec la Cgt.

À l’aube d’un nouveau mandat à la tête de la Cgt qu’elles sont vos priorités  ? Pour vous, quelle serait une Cgt idéale  ?

Je suis déterminé, avec la direction confédérale qui va être élue, à faire en sorte que la feuille de route fixée par le congrès soit concrètement et totalement mise en œuvre. Je veux surtout continuer d’impulser un travail plus collectif, même si nous sommes dans un environnement où tout pousse à la centralisation et la personnalisation des responsabilités. La Cgt idéale  ? Je vois d’abord une Cgt qui a besoin d’être lucide mais qui n’a aucune raison d’être sur la défensive. Une Cgt qui ait conscience que c’est d’elle dont dépend l’avenir du syndicalisme français. Nous avons le potentiel, les ressorts, les repères et l’histoire pour être à la hauteur de ces responsabilités. Le tout est d’accepter les évolutions de notre propre organisation pour être à la hauteur de ces défis. Que nous pouvons relever.

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