49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

Revue de pressePublié le 6 janvier 2010

Le congrès à travers la presse de la CGT

A chaque syndiqué, son débat

Une interview de Bernard Thibault dans Ensemble d’octobre 2009

Bernard Thibault revient sur les principaux enjeux du 49ème congrès de la CGT qui se tiendra du 7 au 11 décembre 2009 à Nantes. Et invite tous les syndiqués à prendre le temps de réfléchir à l’avenir de leur organisation.
Propos recueillis par Laurent Mossino

Nous sommes entrés dans une phase active de la préparation du 49ème congrès. Quel lien fais tu avec l’actualité revendicative ?
Bernard Thibault : Nous avons besoin d’être dans une relation étroite avec les salariés pour déterminer ensemble les initiatives syndicales que l’on doit prendre en vue de faire bouger les choses dans l’entreprise, sur le plan économique ou politique. Mais il nous faut aussi prendre le temps de réfléchir avec eux sur l’efficacité de notre syndicalisme pour demain. Les discussions que nous avons sur les conditions à réunir pour améliorer le rapport de force en cette rentrée doivent aussi être une source d’inspiration sur ce que nous avons à faire à plus long terme pour améliorer notre capacité de défense des intérêts des salariés.

Comment juges tu les attentes qu’expriment les salariés à l’égard du syndicalisme ?
BT : Elles sont immenses, particulièrement dans notre pays. C’est en France que les mobilisations organisées en réaction à la crise du système économique ont été les plus puissantes. Il n’y a que le mouvement syndical qui peut parvenir à un tel niveau de mobilisation dans notre pays. Sa capacité d’entraînement reste donc très importante bien que le taux de syndicalisation soit relativement faible, c’est tout le paradoxe. Le syndicalisme apparaît souvent comme le seul contre pouvoir dont disposent les salariés pour se faire entendre et il est porteur de leur aspiration au changement. Cela se matérialise par un niveau d’exigences très élevé à son égard, qui va parfois même au-delà de la vocation de l’intervention syndicale. Des attentes peuvent en effet s’exprimer pour que le syndicalisme se substitue en quelque sorte au politique, ce qui n’est évidemment pas son rôle.

Le statut de leadership de la CGT sur la scène syndicale ne lui confère t’il pas une responsabilité particulière ?
BT : Il est vrai que la CGT occupe une place de choix dans le syndicalisme français. Elle est arrivée largement en tête aux élections prud’homales, c’est la seule grande Confédération qui a vu son influence progresser. L’efficacité du syndicalisme demain dépendra donc, pour une grande part, de ce que fera la CGT. Ou de ce qu’elle sera capable de faire. Car, soyons clair, les attentes à l’égard de la CGT sont aujourd’hui bien supérieures à son potentiel. A l’occasion de notre congrès, il faut parler vrai aux salariés : les résultats de l’organisation syndicale sont proportionnels aux forces dont elle dispose. L’examen des luttes nous enseigne que les chances de succès dépendent de la force de frappe de l’organisation, c’est-à-dire concrètement du nombre de syndiqués. Trop de salariés pensent que la CGT peut produire des résultats sans leur propre engagement, c’est impossible. Il faut en discuter avec eux. Les salariés ont besoin d’être organisés en permanence, et pas seulement quand surgit un pépin. La CGT rayonne potentiellement sur un quart du salariat dans le secteur privé. Dès lors, a-t-elle vraiment les moyens de ses ambitions ? BT : Justement, à l’occasion de ce congrès, nous devons trouver des réponses nouvelles à cette question qui, elle, n’est pas nouvelle. Pour cela, nous avons des atouts formidables et en particulier un réseau militant étoffé qu’on nous envie largement. D’autant que nous ne sommes pas une organisation d’adhérents passifs ou de simples cotisants, nous disposons d’une énergie militante incomparable avec ce qui existe dans d’autres organisations. Mais la mobilisation que nous sommes capables de générer dans une partie du salariat ne suffira pas à inverser le rapport de force si l’autre partie du salariat, inorganisée, continue de croître dans les proportions que l’on connaît. On peut mener des batailles importantes dans certains secteurs mais on a surtout besoin d’une mobilisation interprofessionnelle avec toutes les catégories et les générations de salariés. On ne peut pas laisser s’installer l’idée d’une délégation de pouvoir selon laquelle une partie des salariés pourrait lutter au nom des autres. Il faut absolument trouver les moyens d’élargir notre implantation syndicale en partant des forces qui sont les nôtres : ce n’est pas travailler pour le voisin, mais pour soi même !

Les jeunes expriment de la sympathie à l’égard du syndicalisme. Pourtant, ils ne s’engagent pas. Qu’est –ce qui « coince », d’après toi ?
BT :
Contrairement à une idée reçue, les jeunes ne sont pas moins réceptifs que les autres à l’action collective ou syndicale. La jeune génération est en butte à la précarité, au chômage, au déclassement et elle éprouve un très fort sentiment d’injustice. C’est à nous de trouver les modalités pour favoriser son engagement dans le syndicalisme et dans la CGT en particulier. Nous avons décidé dans le projet de Document d’orientation du 49ème congrès de faire de la jeunesse une priorité stratégique. La CGT doit absolument accueillir toutes les générations de salariés, car nombre de batailles ne seront victorieuses qu’à cette condition. C’est particulièrement vrai pour notre système de protection sociale : il faut mesurer, par exemple, la pression qui s’exerce sur les jeunes pour les convaincre qu’ils ne bénéficieront pas de la retraite par répartition, alors que les systèmes de capitalisation projettent des millions de retraités dans la misère partout dans le monde. Par ailleurs, l’accueil des jeunes est stratégique pour la CGT elle-même. Chacune des générations a fait la CGT de son temps, il est indispensable aujourd’hui de faire de la place aux jeunes et leur permettre de prendre des responsabilités dans l’organisation. Nous pouvons engager cette réflexion avec confiance puisque toutes les enquêtes montrent que la CGT a la meilleure côte chez les jeunes.

Quelles sont les priorités syndicales à cette étape de la préparation du congrès ?
BT :
C’est de favoriser le débat le plus large dans l’organisation. Je sais que ce n’est pas toujours facile. Le meilleur moyen d’y parvenir étant de faire le lien, nous l’avons dit, entre l’actualité revendicative et les objectifs de plus long terme de la CGT. Cette réflexion doit devenir le bien commun du plus grand nombre d’adhérents. Les média s’intéressent de près au congrès de la CGT, pour certains avec le secret espoir que les débats dans l’organisation provoquent des tensions, voire des divisions. On a besoin de débats dans la CGT parce que les défis à relever sont importants. Personne ne peut prétendre détenir seul les bonnes réponses et chacun des adhérents peut avoir des idées utiles à la réflexion collective. Le Document d’orientation est destiné à être enrichi pour qu’à l’issue du congrès, la CGT soit plus forte. Nous avons donc besoin d’un débat constructif, ce qui exclut d’emblée l’invective. Soyons attentif et déjouons les pressions qui viendraient de l’extérieur pour que ce congrès soit bien celui des adhérents de la CGT.

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A savoir : La tribune de discussion du 49ème congrès est ouverte. Tous les syndiqués, toutes les organisations de la CGT peuvent y apporter une contribution individuelle ou collective. Pour cela, il est possible d’utiliser le site du congrès (forum).
Les contributions écrites (maximum 1500 signes, espaces compris ), pouvant être publiées dans les différents titres de la presse confédérale, sont à adresser à : Coordination de l’activité confédérale « Commission des débats » - 263, rue de Paris, 93100 Montreuil.
Elles doivent comporter les indications suivantes : nom, prénom et identification de l’organisation de la CGT.

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